Témoin de Jéhovah et leur gestion catastrophique des cas de pedophilie
Barbara Anderson Chap 5
Des réactions tardives
Un ancien de ma congrégation a confessé avoir agressé la fille d'une Témoin. Il perdit sa charge d'ancien
parce que le père, non Témoin, de l'enfant porta plainte auprès de la police ce qui fit grand bruit. Quelques
années plus tard à la suite d'habiles manœuvres l'agresseur recouvra, contre toute logique, ses privilèges
au sein de la congrégation. Il avait réussi à convaincre les anciens qu'il était repentant, alors que selon
toute évidence il utilisait le ministère de maison en maison pour rencontrer et étudier la Bible avec des
femmes seules ayant des enfants, dans le but d'abuser ensuite de ces enfants. J'envoyais une lettre à la
société Watch Tower pour exposer la situation; de plus j'écrivis une missive implorant Lloyd Barry, membre
du Collège central (décédé depuis ces événements) d'examiner les faits. Dans ma lettre, je faisais part de
mon inquiétude en pensant aux agresseurs engagés dans le ministère de porte en porte en me référant aux
agissements d'un pédophile de notre congrégation usant de cette activité pour trouver de nouvelles proies,
et déclarais que la participation, d'un agresseur, à cette forme de témoignage devrait être mise sous
restriction.
Pour augmenter mon inquiétude j'appris qu'en dehors des congrégations les noms, y compris celui du
repenti, n'avaient jamais été communiqués au public; peut-être certains avaient-ils été mis à la disposition
des autorités après un long délai d'attente. Par conséquent ils étaient toujours potentiellement dangereux
et susceptibles de continuer d'abuser de nouveaux enfants, ce que certains n'ont pas manqué de faire.
Lorsque j'ai visité, en 1994, le quartier général de la Watch Tower, je parlais brièvement avec Lloyd Barry
de ma lettre pour laquelle il n'avait jamais accusé réception.
Et contrairement au changement espéré dans la politique à l'égard des agresseurs, ces derniers purent
continuer dans le ministère et retrouver leur position d'autorité si ils se montraient repentants. Je compris
cependant que la décision à propos de ces situations devenait difficile et avait des ramifications. La
complexité et la portée de la situation de tous les enfants abusés sexuellement au sein de l'organisation
prenaient des proportions énormes. Mais quant aux enfants, envers et contre tout, ils continuèrent d'être
abusés par leurs agresseurs Témoins, et comme je le savais, je décidai de mettre fin à cette situation. Je
fus heureuse d'apprendre que le recours à des thérapeutes, en vue d'atténuer les effets à long terme subis
par les enfants victimes d'agressions sexuelles, n'était plus considéré avec dédain comme c'était le cas en
1992 et 1993. Toutefois, en décembre 1994 on en revint à un point de vue des plus rigides comme cela
avait déjà été le cas pendant le cours de l'Ecole du Ministère du Royaume. Il avait été dit, durant le cours,
aux anciens que les accusations portées contre un Témoin pour donner suite à la mémoire refoulée ne sont
plus admissibles pour entreprendre une action judiciaire. Il avait été précisé qu'en l'absence du témoignage
de deux témoins oculaires de l'agression, et de l'abandon automatique de l'accusation, il ne serait pas pris
de sanctions ni d'excommunication prononcée.
Je me rappelle combien je me suis sentie inquiète, dans la période s'étendant de 1993 à 1997, à propos de
ces règles de confidentialité. Je me suis ouvertement exprimée auprès de mes amis du département de la
rédaction au sujet de l'aveu d'agresseurs paraissant repentant, au sein de ma congrégation et qui
continuaient de prendre dans leurs bras des bébés ou de tenir sur leurs genoux de jeunes enfants; de plus
les anciens ne disaient rien et n'avertissaient pas même les parents. Une lettre du 1er août 1995 adressée
à tous les collèges d'anciens, semblant faire suite à mon inquiétude, incita les anciens à faire preuve de
prudence vis-à-vis d'anciens agresseurs d'enfants, et attira particulièrement l'attention "sur le danger
évident lorsque ces derniers prennent dans leurs bras des enfants ou les tiennent sur leurs genoux cette
lettre suggérait également de ne pas les laisser seuls avec des enfants sans la présence d'un autre
adulte".
Je sais que Harry et bien d'autres essayaient toujours d'être différents. Finalement, en 1997, la société
Watch Tower annonça, dans l'article du périodique La Tour de Garde du 1er janvier sous le titre:"Ayons en
aversion de qui est mauvais" qu'un homme ayant abusé sexuellement d’un enfant ne remplit pas les
conditions requises pour assumer des responsabilités dans la congrégation. L'article précisait également
que l'organisation ne protégerait pas l'agresseur des risques de sanctions éventuelles prises par l'Etat. Peu
de temps après, Harry et moi discutions par téléphone et il me déclarait qu'il était extrêmement heureux de
voir 5 ans de labeur déboucher sur une nouvelle politique empêchant un agresseur même repentant de se
voir attribuer une position de responsabilité dans la congrégation. Bien que satisfaite par ces nouvelles
règles, j'étais troublée en lisant la phrase suivante: "Si le coupable [l'agresseur] s’avère repentant, on l’
encouragera à faire des progrès spirituels, à prendre part à la prédication, [le ministère des Témoins de
Jéhovah c'est-à-dire le porte à porte]…" ce qui était exactement le contraire de ce que j'avais exprimé
auparavant.
Une loi lacunaire, et une autre inapplicable: celle des deux témoins
A première vue le Collège central semblait avoir progressé en indiquant que quiconque est un agresseur
reconnu ne peut plus exercer de privilèges au sein de l'organisation. Ainsi on avait finalement reconnu qu'un
ancien agresseur est toujours un agresseur potentiel. Donc, si un agresseur exerce déjà une responsabilité
dans la congrégation, il peut en être démis. Les Témoins manifestèrent leur enthousiasme pour la nouvelle
politique, pensant qu'ainsi plus aucun agresseur connu ne pourrait obtenir de responsabilité dans la
congrégation; le Collège central s'était, à leurs yeux, montré bien supérieur dans la gestion du scandale
des agressions d'enfants que les autres églises, en proie à de nombreuses difficultés, à travers tout le
pays.
Mais très vite une lacune apparut dans le texte de la nouvelle politique. Elle apparaissait dans la phrase
suivante: "un homme ayant abusé sexuellement d’un enfant ne remplit pas les conditions requises pour
assumer des responsabilités dans la congrégation"; exprimé de cette façon le texte était trompeur et
dangereux. Les mots clés ne permettant pas à un agresseur de garder ses responsabilité dans la
congrégation sont:"…ayant abusé…". Tout ceci a bien été clarifié dans la lettre du 14 mars 1997 envoyée
aux collèges des anciens répondant à la question:" Comment savoir si un homme est un agresseur "ayant
abusé"? Notez bien la réponse: "Un individu est peut-être connu, non seulement de la communauté mais
également de la congrégation chrétienne, pour avoir été autrefois un agresseur d'enfant". Ainsi on
comprend que si la communauté ou la congrégation chrétienne connaît l'homme comme un agresseur, ce
dernier ne remplira pas les conditions requises pour exercer des responsabilités, ou le cas échéant sera
démis de ses fonctions dans la congrégation. Mais pour qu'un homme soit reconnu comme un agresseur par
la communauté, il faut que son cas ait été rapporté à la police, ce qui est rarement le fait des Témoins. Et
les lois de confidentialité de la Société rendent impossible la communication d'une information sur un
éventuel agresseur, puisque la victime voulant évacuer l'agression en faisant appel à sa mémoire refoulée
est priée, par le comité de discipline, de se taire. L'accusé continuera d'exercer ses responsabilités, les
anciens allégeant qu'il n'est pas reconnu comme un agresseur.
Bien sûr peu de Témoins lambda ont bien compris la signification des mots "…un homme ayant abusé…"
comme cela a été expliqué plus haut –et des anciens dans de nombreuses congrégations ont passé outre
l'implication de La Tour de Garde du 1er janvier 1997 et de la lettre de la Société du 14 mars 1997 –mais de
quelles façons les congrégations devaient-elles réagir lorsqu'elles apprenaient que des agresseurs d'enfants
ont bien été nommés en dépit de leur culpabilité clairement démontrée? Une instruction figurant dans la
lettre du 14 mars 1997, envoyée à tous les collèges d'anciens, l'admettait bien involontairement en
déclarant:" Le collège des anciens enverra un rapport à la Société à propos de celui qui sert ou qui a été
nommé par la Société, à une responsabilité dans votre congrégation et qui est reconnu comme ayant
abusé sexuellement des enfants". Cela revient à confirmer le fait que la Société a nommé délibérément des
agresseurs à des responsabilités.
Cette lettre, si claire, ajoute en plus: "Quelqu'un a pu se rendre coupable d'agressions sexuelles sur des
enfants avant d'être baptisé. Il n'est pas nécessaire de questionner les personnes à ce sujet." A l'heure ou
les organisations séculaires et religieuses forment et contrôlent les employés et les volontaires ayant de
fréquents contacts avec les enfants, le Collège central ne juge pas nécessaire de questionner
individuellement, sur leur passé, les hommes qui exerceront une responsabilité. C'est pour le moins
irresponsable, peut-être même criminel, et peut passer aux yeux des autorités, en cas d'investigations,
pour plus grave qu'il n'en paraît.
Découvrons la position officielle de la Watch Tower par la voix d'un de ses représentant; J.R. Brown, porte
parole, déclarant à un média allemand, en juin 2002: "Si nous découvrons qu'un individu s'est rendu
coupable d'agressions sur enfants il ne pourra en aucun cas servir comme ancien". Maintenant notons ce
que déclare une lettre de la Watch Tower envoyée à tous les collèges d'anciens du Royaume Uni, le 1er
juin 2001, en citant une exception à cette loi:
"Si la filiale a décidé qu’ [un ancien agresseurs d'enfants] peut être nommé ou peut continuer de servir
dans une position de confiance, parce que le péché a été commis il y a très longtemps, et que depuis ce
temps il a mené une vie exemplaire, il n'est pas nécessaire de faire figurer son nom dans la liste, de même il
n'est pas utile de parler du péché passé du frère s’il change de congrégation et ce contrairement aux
instructions données par la filiale". (La liste est constituée par la congrégation et porte le titre: "protection
des enfants –Psaumes 127:3". La liste contient des données concernant le ou les agresseur (s) repentant
(s); ceux qui ont été accusé par deux témoins crédibles ou plus, et ceux qui ont reconnu leur culpabilité
devant la cour).
La lettre poursuit en disant: "Il y a, cependant, bien d'autres situations en rapport avec les agressions
d'enfants. Par exemple, si il n'y a qu'un seul témoin et que le frère accusé nie les faits. (Deutéronome
19:15; Jean 8:17) Il est peut-être déjà l'objet d'investigations policières à la suite d'une plainte pour
agressions sexuelles sur un enfant; l'agression n'a pas encore été clairement déterminée. Dans ce cas et
pour des cas similaires on ne portera aucune écriture dans la liste "protection des enfants".
Lorsque je pris connaissance la première fois de cas d'agression sur enfant au sein de l'organisation de la
Watch Tower je ne connaissais pas l'enseignement biblique demandant l'attestation de deux témoins pour
prouver le péché d'agressions sexuelles. Ce n'est qu'après 1997 que je compris que d'une part cette règle,
des deux témoins ayant vu l'agression, protégeait les pédophiles, et d'autre part cette politique
représentait un grand danger pour les enfants. Comme l'indique la lettre du 1er juin 2001, si la victime de
l'agression ne peut présenter un autre témoin et que l'accusé nie les allégations, l'accusation va être
abandonnée et ne figurera pas même dans la liste "protection des enfants". Ainsi les règles de
confidentialité continuent leurs effets. Il est conseillé aux victimes de se taire, de ne pas parler de
l'accusation au risque de s'excommunier d'elles-mêmes. C'est de cette façon que les agresseurs ont pu et
continuent de se cacher et que les enfants sont toujours leurs cibles. Il est nécessaire de changer la
stricte application de la loi des deux témoins et la politique de confidentialité en rapport avec les
agressions sur enfants.
Les illusions perdues
J'appartenais, en fait, à une organisation dont les membres ne sont pas si différents des gens en général.
En surface ils ont l'air différents dans leur approche de la vie; en effet, les Témoins de Jéhovah croient que
leur organisation est guidée par Dieu et qu'ils vivent leurs convictions au sein d'une théocratie. Les
responsables des Témoins, donc représentants de la théocratie ont édicté toutes une série de règles
gérant tous les aspects de la vie des membres, ils ont également émis des règles pour les protéger des
mauvaises influences. Malgré leur bon vouloir les responsables des Témoins se sont petit à petit mis à
ressembler aux Pharisiens en donnant des instructions pour toutes les situations imaginables. La nouvelle
règle des deux témoins mentionnée dans La Tour de Garde du 1er janvier 1997, de même que le
commentaire supplémentaire ajouté au manuel destiné aux anciens, Prenez garde a vous-mêmes et à tout
le troupeau, ainsi que la lettre du 14 mars 1997 envoyée à tous les collèges d'anciens, et toutes les autres
lettres se référant à l'Ecole du Ministère du Royaume, posaient problème car ils rendaient encore plus
complexe les cas d'agressions sur enfants. Ces directives écrites dans l'intention de protéger la
congrégation chrétienne des agresseurs potentiels, protégeaient en réalité ces derniers. J'espère que cela
n'a pas été fait intentionnellement.
En 1992, mon inquiétude au sujet des problèmes posés par les procédures mises en place par la société
Watch Tower dans le traitement des cas d'agressions sur enfant, m'empêcha de comprendre que les
responsables des Témoins traitaient les accusations d'agressions sexuelles sur enfants de la même façon
que d'autres péchés comme la fornication oui l'ivrognerie. Je réalisais que les anciens ne faisaient pas
d'enquête à la suite d'allégations pour agressions sur enfants, mais que ce soin était laissé aux autorités
car l'agression était un crime –une forme de viol –un point que la Société ne semblait toujours pas être en
mesure d'appréhender. Ce que la police tenait pour un crime, était un péché pour les anciens. Ces derniers
avaient besoin d'indications dans la manière de procéder pour excommunier quiconque se rendrait coupable
d'agressions sexuelles sur enfants, et c'était dans ce seul but que des instructions leur étaient envoyées.
Les anciens ne sont pas des magistrats. Même si les autorités reconnaissent l'accusé coupable, deux
témoins sont exigés pour déterminer la faute éventuelle et prononcer le cas échéant une excommunication.
C'est en 1998 que je quittais officiellement l'organisation, après m'être effacée depuis quelques années. En
mettant de côté mon anxiété je me rendis au collège local pour passer quelques examens et je reçus une
bourse, ce qui me donna la force de faire mes premiers pas loin de mes amis Témoins de Jéhovah de par le
monde. (Je savais, à coup sûr, que certains me rejetteraient lorsqu'ils réaliseraient que je n'étais plus une
des leurs) En fréquentant le collège, je me rendis compte qu'il y avait une vie après la Watch Tower. Cela
faisait 39 ans que mon mari et moi étions mariés. Nous n'avons jamais eu de secrets l'un vis- à-vis de
l'autre. La confiance et le respect sont le ciment de notre mariage réussi. C'est pourquoi mon mari Joe,
accepta mon départ de notre religion car il comprit qu'en toute conscience il m'était difficile de rester
associée avec l'organisation des Témoins connaissant les procédures de règlement des agressions sexuelles
sur enfant, règles que je considérais comme malfaisantes. Etant une femme je devais garder le silence sur
ce mal au risque d'être excommuniée. Ma colère et ma frustration de ne rien pouvoir faire pour aider et
protéger les enfants des agressions devinrent un poids que je ne pouvais supporter plus longtemps.
Ma famille proche, Témoin, ainsi que mes amis intimes ne m'abandonnèrent pas. Bien sûr, au début, ils
furent consternés par mon choix, mais avec respect ils considérèrent de mon droit de le faire. Finalement
deux d'entre eux ont quitté à leur tour l'organisation. En 1997, après 16 années passées au Béthel, mon fils
et ma belle-fille désirant avoir des enfants, ont quitté le quartier général. Mon petit fils, Luke, est né en
1999 et comme je n'étais pas exclue nous nous sommes régulièrement vus chez l'un ou chez l'autre. Mon
mari était toujours ancien et les autres anciens ne savaient pas pourquoi je m'étais retirée et ne
semblaient pas particulièrement pressés de le savoir. Dans tous les cas je ne disais rien de négatif à
l'encontre de l'organisation des Témoins, de ce fait je n'étais pas perçue comme une traîtresse.
Bill Bowen et le site "Silentlambs"
A la fin de l'an 2000 un de mes amis, ancien surveillant de circonscription de la Watch Tower, a vu sur un
site de discussion de Témoins de Jéhovah, un message émanant d'un ancien demandant si des anciens
s'étaient déjà trouvés dans une situation identique à la sienne; il venait de découvrir que le surveillant
président de sa congrégation avait admis avoir agressé sexuellement des enfants quelques années
auparavant. La congrégation et la collectivité n'ayant pas eu connaissance de ces faits, seuls deux
anciens étaient au courant, l'homme garda sa position au sein de la congrégation. Le message exprimait
son souci pour les enfants de la congrégation, y compris les siens.
Mon ami avait pris contact avec cet ancien ce que je fis également. Ce que je lui ai appris à propos des
agressions sexuelles sur enfants au sein de l'organisation fut une révélation inattendue pour lui.
Immédiatement nous avons décidé de mettre le public au courant de l'irresponsabilité et de la négligence
coupable de l'organisation Watch Tower qui portait, à cause de ses règlements, la responsabilité d'avoir
couvert au niveau international le crime d'agressions sexuelles sur enfant, et d'autre part de convaincre le
Collège central de changer ses règlements. Mais comment pouvions-nous accomplir cette tâche? L'ancien
en question, Bill Bowen, décida de renoncer à sa position et rendit public le problème des agressions sur
mineurs le 1er janvier 2001. Dans l'Etat du Kentucky, où Bill est domicilié, la couverture médiatique, prit une
ampleur sans précédent, à la suite de sa démission de la charge d'ancien, en raison des agressions
sexuelles dont sont victimes les enfants de Témoins. Bill et moi-même avons décidé de nommer
Silentlambs.org, un site sur Internet que Bill avait ouvert auparavant. Ainsi les Témoins de Jéhovah
victimes d'agressions sexuelles par des prédateurs Témoins, pouvaient dorénavant déposer leur histoire sur
un site accessible au public. Au bout de quelques semaines il y en avait une centaine, et après 5 ans plus
de six mille.
Je ne m'étais pas encore fait connaître du grand public alors que Bill l'avait déjà fait, mais quelques
semaines après nous nous trouvions, Bill et moi, en avion pour nous rendre à New York où nous devions
être interrogés par les producteurs de NBC qui désiraient préparer un documentaire sur les problèmes
d'agressions sexuelles sur enfants pour leur émission nationale de télévision, Dateline. Après avoir vérifié la
justesse de nos déclarations, et effectué d'importantes recherches, les producteurs nous contactèrent
pour prendre rendez-vous afin de filmer notre entretien pour la télévision. Dans le même temps un des
producteurs discuta, sur la base de nos accusations, avec des responsables de la Watch Tower qui
nièrent catégoriquement. Le passage de l'émission était prévu pour novembre 2001, mais à la suite des
attaques terroristes sur les immeubles du World Trade Center, le 11 septembre, il fût ajourné.
L'excommunication
A la suite d'appels répétés à la NBC afin de savoir pour quelle date l'émission était prévue, l'organisation
Watch Tower s'entendit répondre, en avril 2002, qu'elle serait présentée le 28 mai 2002. Sans plus
attendre les responsables de la Watch Tower demandèrent aux anciens locaux de mettre sur pied des
auditions judiciaires pour nous entendre. Début mai je prouvai aux anciens que je n'étais pas coupable des
charges retenues contre moi. Quelques jours plus tard les anciens programmèrent une audition judiciaire
avec de nouvelles charges. Je refusai de me rendre à cette audition parce que cela me paraissait inutile –si
je n'acceptais pas les charges invoquées; il était évident qu'ils reviendraient avec des accusations
différentes. Par conséquent je fus excommuniée le 19 mai 2002 pour avoir suscité des divisions.
D'autres Témoins, apparus au cours de l'émission, pour dénoncer le problème, furent excommuniés
également. Les personnes excommuniées sont généralement perçues comme des pécheurs non repentants
et incroyants, la Watch Tower avait agit habilement. Un fait me parut évident; mon excommunication
ayant été prononcée avant la diffusion de l'émission, les Témoins qui regarderaient la Télévision ne me
croiraient pas.
Ce qui suivit ne manqua pas de me surprendre. La société envoya une lettre datée du 24 mai 2002 à
toutes les congrégations des Etats-Unis, avec instruction de la lire dans le courant de la semaine
précédant l'émission Dateline. Après avoir entendu la lecture de la lettre contenant un grand nombre de
demi vérités sur l'affaire, Joe, mon mari, rendit les clés de la Salle du Royaume et renonça à ses fonctions
d'ancien. On lui demanda alors d'envoyer une lettre confirmant sa démission des ses fonctions d'ancien, ce
qu'il fit quelques jours plus tard. Joe en donna un exemplaire à chaque ancien, ainsi qu'à Dan Sydlik et
Jack Barr tous deux membres du Collège central. Il envoya également une copie à Robert Johnson du
département du service. Une semaine plus tard au cours d'une conversation téléphonique Bob conseilla à
mon mari de mieux me contrôler, car j'avais une mauvaise compréhension des règles de la Société. Lorsque
Joe essaya de poser quelques questions sur ces règles, Bob lui répondit que ces informations étaient
confidentielles. De plus il était extrêmement contrarié que Joe l'ait appelé et la conversation se termina de
façon déplaisante.
Joe fut excommunié en juillet 2002 pour avoir causé des divisions. Parce qu'il avait pris ma défense et
exprimé son point de vue sur les agressions sexuelles sur mineur, point de vue qui ne correspondait
absolument pas à celui de la Watch Tower, Joe n'était plus considéré comme un homme fréquentable. Joe
émit des critiques, comme Bill et moi-même à l'égard des instructions données aux anciens sur le processus
à suivre lorsque des agressions sexuelles leurs sont rapportées. Joe pensait que les anciens ne devaient
pas enquêter eux-mêmes sur l'éventuelle agression sexuelle sur enfants; s'agissant d'un crime cette
dernière devait être rapporté par les anciens aux autorités et pas seulement dans les états où la loi en fait
une obligation.
Avant que l'émission Dateline ne soit diffusée, les reporters ont demandé à la Watch Tower s’il était bien
exact que nous avions été convoqués pour des auditions judiciaires à cause de notre participation au
programme. Le porte-parole de la Watch Tower, J.R. Brown nia ces allégations, selon lui les auditions
judiciaires ont été tenues localement à la suite de péchés déclarés et non parce que nous avions participé
à l'émission. Selon Brown les responsables de la Watch Tower ne savaient pas qui avait participé à
l'émission, ce qui était un mensonge de plus. A la question du reporter lui demandant à quels textes la
religion se référait pour excommunier des membres, le porte-parole de la Watch Tower cita 1 Corinthiens
5:11, 12 demandant à l'église d'ôter de son milieu tout homme qui commettait la fornication, l'avidité,
l'idolâtrie, l'ivrognerie, l'extorsion et était un insulteur. Etant associée à ma dernière congrégation depuis
1998, et n'ayant pas commis ce genre de délit; je me suis décidée de porter plainte pour diffamation, en
novembre 2002, contre la Watch Tower bien que cette dernière essaye toujours de tirer à son avantage le
système procédurier de la justice. Depuis ces évènements, Bill et moi-même, avons souvent été interrogés
par des journalistes et nous profitons de cette publicité pour informer au mieux le public des règles de la
Watch Tower protégeant les pédophiles.
Moins de 10 ans sont passés depuis la parution de la lettre dans Réveillez-vous! du 8 août 1993 dans
laquelle notre fils chantait les louanges de nos vertus parentales; maintenant il a complètement changé
son optique à notre égard et il nous a totalement rejeté depuis notre exclusion à la suite de notre
témoignage sur le problème caché des agressions sexuelles sur enfants au sein de l'organisation. Il a
déclaré à la presse que je faisais une chose noble en cherchant à protéger les enfants de Témoins; mais il
ne pensait pas que j'avais choisi la bonne voie en mettant le public au courant. (Apparemment je n'avais
pas respecté le "onzième commandement", le plus important pour les Témoins de Jéhovah:"Tu ne dois
jamais colporter de mauvaises choses de l'organisation en public.")
Peu après la diffusion de l'émission Dateline mon fils et sa femme se sont rendus à New York pour entendre,
personnellement, l'opinion des responsables de la Watch Tower, sur cette affaire. On leur a dit que je
n'avais pas compris les règlements de la Société et qu'à cause de mes actions, des milliers de personnes
avaient quitté l'organisation, délaissé la Bible et abandonné Dieu. Comme elles se sont éloignées des
Témoins de Jéhovah elles perdront la vie à Har-Maguédon et cela par ma faute, oui je devais être
considérée pour cela comme responsable de leur mort. Mon fils et ma belle-fille ont choisi de croire ce que
les responsables leur ont dit et depuis ce jour là ils ne m'ont plus adressé la parole. Cela fait plus de 3 ans
que nous n'avons plus revu notre fils, notre belle-fille et leur jeune fils, notre seul petit-fils. Si nous
envoyons du courrier, ou un paquet contenant un jouet pour notre petit-fils, cela nous est toujours
retourné non ouvert.
Un nouvel engagement
Quand je repense à ma vie depuis mon baptême comme Témoin de Jéhovah à l'âge de 14 ans, je suis
émerveillée par le chemin parcouru. Mon unique désir, à cette époque, était d'aider les personnes à
comprendre les mystères de la vie comme l'enseignaient les Témoins de Jéhovah. Maintenant je
n'entretiens plus l'illusion que les mystères de la vie puissent être expliqués, ou que l'association des
Témoins de Jéhovah soit une religion bienveillante.
Bien que l'un de mes plus chers amis, Harry Peloyan, m'ait comparé à "Judas" pour avoir rendu public le
problème des agressions sexuelles sur enfant au sein de l'organisation des Témoins, je vais continuer mon
engagement, le reste de ma vie, de partager mes expériences de témoin oculaire privilégié. J'espère que
mes paroles aideront les gens à comprendre les secrets cachés de cette organisation religieuse, une
religion qui a été très adroitement dirigée par son Collège central depuis 1881. Je fais connaître la vérité de
cette manière; afin de pouvoir aider d'autres personnes sincères de ne pas faire le même choix malheureux
qui m'a conduit à être un témoin oculaire de la malhonnêteté.
Barbara Anderson, 1er mai 2006
La règle des deux témoins est toujours en vigueur au sein des congrégations des Témoins de Jéhovah. Aux
Etats-Unis dans le cas d'une accusation d'agression rapportée au collège des anciens, ces derniers
désignent un des leurs pour prendre contact avec le département juridique de la Watch Tower Bible and
Tract Society, à New York. C'est une exigence de la Watchtower depuis 1989. Un représentant du
département juridique demande à l'ancien le nom de l'Etat de domicile de la congrégation. L'ancien lui
précise si la congrégation se trouve dans un Etat exigeant la levée "du secret de la confession", les
anciens (ou le clergé) dans ce cas sont tenus de rapporter l'accusation d'agression sexuelle auprès des
autorités. Les anciens vont encourager les parents ou le mineur abusé de porter plainte auprès des
autorités, dans le cas où la famille n'accomplit pas cette démarche, les anciens déposent eux-mêmes la
plainte. Avant la diffusion de l'émission Dateline, du 28 mai 2002, exposant le problème des agressions
sexuelles sur mineurs au sein de l'organisation des Témoins, les anciens habitants dans un Etat obligeant
le clergé de rapporter les cas d'abus sur enfant ne dénonçaient pas auprès des autorités les abuseurs
même lorsque les parents ou le mineur s'en étaient abstenus.
Mais si l'agression est perpétrée dans un Etat où le clergé n'est pas tenu de dénoncer le cas d'abus, les
anciens, selon les instructions reçues, vont informer les parents ou le mineur victime d'agression sexuelle
de cette situation. Les anciens restent neutres et laissent les parents ou la victime rapporter l'agression
aux autorités. Les instructions, précises, de la Watch Tower demandent aux anciens de ne pas
encourager, ni décourager les membres de la famille Témoin de rapporter l'agression. Ainsi, lorsque la famille
ou la victime choisit de ne pas aller dénoncer l'affaire à la police, rien ne transpirera, à moins qu'un ancien
ne le fasse secrètement. Mais comme dans de nombreux cas l'abuseur n'est autre que le père de la
victime. Laisser aux parents le soin de porter plainte ou non revient, d'une certaine manière, à se voiler la
face.
Avant la diffusion de Dateline les parents Témoins ne voulaient pas reporter d'agressions par peur de jeter
l'opprobre sur "l'organisation de Jéhovah." Cette attitude n'était pas exceptionnelle bien au contraire. Par
exemple, Bill Bowen a enregistré un avocat Témoin du quartier général lui déclarant que l'Etat de domicile
de Bill n'exigeant pas le report automatique de cas aux autorités, Bill se devait de rester neutre et de ne
pas encourager, ni décourager les accusateurs de porter plainte auprès des autorités. De plus le
représentant de la Société recommanda à Bill de placer la situation entre les mains de Jéhovah, afin de lui
laisser le soin de régler ce problème délicat.
Ainsi un pédophile Témoin soi-disant repenti ayant confessé sa faute, ne risque pas d'être démasqué dans
un Etat ne demandant pas de dénonciation automatique, si la famille ou la victime ne porte pas plainte
auprès des autorités. Les règles de confidentialité sont une garantie contre toute révélation d'agression
au sein de la congrégation. Trop souvent des pédophiles se déclarant repentis ont continué de perpétrer
des agressions, au sein de la même congrégation, protégés par la règle de confidentialité.
Sans tenir compte de la décision des parents de porter ou non plainte auprès des autorités, les anciens
continuent d'utiliser la règle des "deux témoins" afin de déterminer s’il convient d'excommunier l'accusé. Si
l'accusé nie les faits et qu'il n'y a pas deux témoins de l'agression (deux témoins, soit la victime plus un
témoin oculaire), il ne sera pas excommunié. L'excommunication n'est prononcée que lorsque la règle des
deux témoins peut s'appliquer. Cependant, si "une repentance sincère" est démontrée l'agresseur ne sera
pas excommunié. Dans tous les cas, la victime et les parents n'ont pas la permission de mettre au courant
de l'agression les autres familles de la congrégation.
Depuis la diffusion de Dateline les parents Témoins sont plus enclins de rapporter toutes agressions aux
autorités. Cependant, même si les parents ont rapporté l'agression à la police, l'accusé arrêté, et sa
culpabilité prouvée, l'excommunication ne sera pas prononcée si la victime ne peut pas présenter aux
anciens un témoin de l'agression. Récemment un agresseur a été libéré après avoir purgé plus de 5 ans de
prison, mais il n'a jamais été excommunié parce que la victime n'a pas pu satisfaire à la règle des deux
témoins. Durant son incarcération et après sa mise en liberté l'agresseur a été traité comme un innocent,
par les anciens s'entend. La réaction du comité formé d'anciens considérant l'accusé innocent ne facilita
pas la tâche des enquêteurs de la police.
Aux Etats-Unis les agressions sexuelles sur mineur sont considérées comme un crime. Les parents ne
doivent pas se préoccuper de l'action des anciens et doivent aller dénoncer l'agression aux autorités, car la
loi fédérale des Etats-Unis l'exige, même si la loi d'un Etat ne le demande pas. Mais il semble que la Watch
Tower n'est pas tout à fait d'accord. Voici ce que déclare la Tour de Garde du 1er août 2005 à la page 14:
" À notre époque aussi, le viol est un crime passible de lourdes peines. La victime a parfaitement le droit de
signaler l’agression à la police. Ainsi, les autorités compétentes pourront punir l’offenseur. Si la victime est
mineure, les parents se chargeront des démarches." Cette directive de la Watch Tower montre clairement
que la dénonciation est envisagée comme une option même si le crime a bien été commis.
Traduction française : Jean-Pierre
